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First Name: Some Kind Of Time : Born in 1979 Location : Paris Feed Archives février 2005 mars 2005 mai 2005 août 2005 décembre 2005 avril 2006 mai 2006 juin 2006 juillet 2006 juin 2007 juillet 2007 août 2007 octobre 2007 novembre 2007 décembre 2007 janvier 2008 février 2008 mars 2008 avril 2008 mai 2008 octobre 2008 décembre 2008 février 2009 juillet 2009 août 2009 août 2011 août 2013 décembre 2013 Links Bat Lisbei Monsters under the bed Juliette Medellia |
jeudi 4 août 2011 Je me souviens, c'était début janvier 1992, ou à peu près. Les contrôles douaniers entre la France et la Belgique venaient d'être supprimés, le marché commun, l'ouverture des frontières, bref, l'avenir. J'étais au collège, et on nous avait demandé, en classe, c'était un lundi matin, l'ambiance était morne, oui on nous avait demandé ce qu'on attendait de l'Europe, ce qu'on espérait, ce que ça allait changer pour nous. Il y avait cette fille, blonde je crois, en tout cas très timide, qui avait lâché que "pour moi l'Europe c'est que mon papa a perdu son boulot, il travaillait dans une agence en douanes, donc pour nous c'est triste". Noir Désir - L'Europe Aussi loin que je me souvienne, c'est la crise. La crise de l'emploi, la crise économique, la peur de perdre son boulot, ou de ne pas en trouver à la sortie de l'école. L'idée que si on avait un boulot, "c''était déjà bien". Un bon boulot, sous-entendu stable et qui permet de s'endetter pour 25 ans pour acheter 40m² quelque part. Je me souviens d'une accalmie, la fameuse bulle internet, un stage en 2001 payé 7000 francs par mois, la promesse de Kiloeuros qui couleraient à flots ininterrompus. Même qu'il y avait eu une cagnotte fiscale de 80 milliards (de francs) en 2000 et qu'une polémique avait enflé sur le meilleur moyen de la dépenser. On croyait en être sortis, quelques-uns avaient multiplié par 5 leurs économies en achetant des actions "nouvelle économie" revendues le lendemain de l'introduction en bourse pour une culbute de 200%. Quelques-uns avaient dû monter leur boîte et accumuler en quelques années ce qu'il faut pour couler des jours heureux à la Barbade. Et puis il y a eu le 11 septembre, j'étais en stage justement, on était en salle de pause et on regardait tous les télés qui diffusaient en boucle les images de ces avions qui percutent les tours, les tours qui brûlent, qui s'effondrent. On n'a pas bien compris ce jour-là, on était choqués c'est sûr, mais on n'avait aucune idée de ce que la suite allait donner. La suite, ça a été l'effondrement de la bulle, le retour du chômage à plus de 3 millions de personnes, en fait l'accalmie n'aura pas duré très longtemps, la peur est revenue, le terrorisme, l'anthrax, le chômage. La fin du pétrole allait arriver, la prise de conscience que le pic de Hubert allait bientôt pointer son nez, la planète qui part en couille. On est en 2011, il semblerait que ce fameux pic de production de pétrole a été dépassé en 2001 justement, entre-temps on a eu une crise financière à double détente, 2008, 2009, les plans de licenciement, les gens dans la rue aux Etats-Unis, et ici aussi. Toujours plus de crise, de terreur. Personne n'ose parler de sortie de crise, pensez bien ça fait trente ans qu'on est dedans, toute la productivité gagnée depuis aura servi à qui, à quoi? Pas à la fin de la peur en tout cas. La peur c'est celle que je vis aujourd'hui, et encore, je suis bien payé, j'ai un "bon boulot qui paye" comme on dit. L'ambiance de merde, les licenciements ôdieux, l'omerta sur les résultats de la boîte, les objectifs impossibles, la guerre des services, la solidarité zéro entre direction et grouillots, la surveillance accrue et l'envoi permanent d'e-mails pour se couvrir, les collègues qui craquent les uns après les autres (je pense à vous, A., T., M., A., T., B., S., A., E., B., S., et tous ceux à venir), tout ça "faut faire avec". Il y a bien la solidarité avec les collègues directs, celle qui permet de tenir un tant soit peu, mais qui fait tenir "contre" et pas "avec". Contre les dirigeants, contre le système, contre la peur. Les idéologies politiques, sociales, le communisme, le libertarisme, l'humanisme, la vie en communauté, et même l'olympisme, qu'en reste-t-il? Quelle utopie pour demain? Aucune. Tout cela était-il prévu? Trust - Tout cela était-il prévu? |